Faire voler des drones en Afrique : les défis et les opportunités
- Shearwater Media
- 20 janv.
- 6 min de lecture
La récente prolifération des drones à travers le continent africain offre une lueur d’espoir aux plus d’un milliard de personnes qui y vivent. Les nouvelles technologies de véhicules aériens sans pilote (UAV) ont le potentiel de résoudre certains des plus grands défis auxquels la région est confrontée et de devenir un catalyseur majeur vers un avenir de prospérité, de paix et d’indépendance.
Cependant, malgré l’espoir et les besoins considérables qu’elle suscite, la progression vers cet objectif est jusqu’à présent restée lente dans une grande partie du continent. De nombreux pays africains peinent à faire face à diverses problématiques liées aux drones, notamment les préoccupations en matière de protection de la vie privée, le maintien de la sécurité publique et la prévention de l’utilisation malveillante des drones. Alors que l’élaboration d’un cadre réglementaire systématique, unifié et pragmatique progresse lentement, ce rythme poussif empêche le secteur d’atteindre pleinement son potentiel.
Malgré cela, l’avenir reste très prometteur. Certains pays, comme le Rwanda, ont déjà mis en place des cadres réglementaires innovants permettant aux gouvernements de réguler efficacement l’utilisation des drones, tandis que d’autres régions ont lancé des programmes de recherche et de test permettant aux autorités publiques et à d’autres acteurs d’explorer la manière dont les drones peuvent améliorer les conditions locales.
Pourquoi les drones sont-ils si importants pour l’Afrique ?
L’Afrique est l’une des régions les plus complexes du monde. Pourtant, son potentiel de prospérité future est tout simplement remarquable.
Elle est le deuxième continent le plus vaste et le deuxième plus peuplé au monde, avec plus de 1,3 milliard d’habitants. En raison de sa taille et de sa proximité avec l’équateur, le climat africain varie des déserts arides du nord aux conditions quasi arctiques des plus hauts sommets montagneux, tandis que les régions centrales et méridionales comprennent à la fois des savanes et des forêts tropicales denses. L’Afrique est également le continent le plus chaud de la planète. Environ 60 % de sa superficie est constituée de terres arides ou désertiques.
Bien qu’elle dispose d’abondantes ressources naturelles, notamment des diamants, de l’or, de l’argent, du cuivre, du fer, du pétrole, du sel, du sucre, du cacao, du bois et des fruits tropicaux, l’Afrique demeure paradoxalement l’une des régions les plus pauvres et les moins développées du monde. Cette situation résulte de nombreux facteurs, tels qu’une planification centrale inefficace, la corruption gouvernementale, le manque d’infrastructures, de faibles niveaux d’éducation publique, un faible investissement étranger et des conflits tribaux fréquents.
La pauvreté, l’analphabétisme, la malnutrition, l’accès insuffisant à l’eau potable et à l’assainissement, ainsi que les épidémies fréquentes de maladies contagieuses, affectent une large part de la population africaine. Pour aggraver la situation, la population du continent a fortement augmenté au cours des quarante dernières années.
Si certains pays africains progressent vers le développement et montrent des signes d’autonomie, d’autres restent fortement dépendants de l’aide internationale. Bien que cette aide existe, la réalité est que de nombreuses régions ont besoin de plans de développement plus globaux et à long terme.
Que peuvent accomplir les drones ?
La technologie des drones est déjà utilisée pour relever le défi de la livraison de fournitures médicales dans des zones rurales et difficiles d’accès, coupées des principaux réseaux de transport. Ces livraisons vitales, effectuées par une flotte croissante de drones cargo, comprennent des médicaments, des vaccins et des poches de sang. Dans le cadre d’un programme expérimental appelé Dr. One, des drones sont utilisés pour fournir des moyens de contraception aux jeunes filles et aux femmes vivant dans les zones rurales du Ghana, à l’aide de drones d’une envergure de 1,5 mètre. Les drones peuvent également transporter des échantillons de sang et d’ADN vers des laboratoires, où les résultats sont analysés afin de déterminer plus précisément les traitements appropriés.
L’un des développements les plus prometteurs pour les acteurs de l’aide humanitaire en Afrique est l’utilisation des drones dans les situations médicales d’urgence, notamment lors de la propagation rapide de maladies contagieuses telles que le paludisme, la tuberculose et le virus Ebola. La livraison rapide de fournitures médicales dans ces circonstances permet de gagner un temps précieux et de sauver potentiellement des milliers de vies.
Dans le domaine de l’agriculture, les UAV permettent d’améliorer et d’optimiser les rendements grâce à la surveillance aérienne des cultures et à la détection précoce du stress des plantes. Environ 65 % des terres agricoles africaines souffrent actuellement d’une dégradation sévère des sols. Combinée à des infrastructures insuffisantes et à un manque général de formation des agriculteurs, cette situation explique pourquoi de vastes zones agricoles sont sous-exploitées.
Les drones peuvent désormais survoler des champs de légumes et de céréales — comme le maïs, la patate douce ou le riz — équipés de capteurs infrarouges capables de collecter des données aériennes. Ces données aident les agriculteurs et les gouvernements à mieux comprendre et prévoir les rendements, à évaluer la santé des cultures et à limiter la prolifération des mauvaises herbes. Plus important encore, ces capteurs peuvent détecter le stress des cultures plusieurs jours avant qu’il ne devienne visible à l’œil nu, permettant ainsi la mise en place de mesures préventives réduisant significativement les pertes agricoles.
L’ensemble de ces applications permet aux agriculteurs d’économiser du temps et de l’argent, d’améliorer la qualité des cultures, d’augmenter les rendements et d’optimiser l’utilisation des terres agricoles.
Au-delà de ces domaines, l’utilisation des drones ouvre la voie à de nombreuses activités entrepreneuriales. Les livraisons de produits constituent un secteur à fort potentiel. À Lagos, capitale du Nigeria, par exemple, les embouteillages sont si importants que le gouvernement envisage l’utilisation de drones comme solution de livraison. Il existe également une forte demande de solutions de collecte de données aériennes dans les secteurs de l’exploitation minière, de la foresterie et du génie civil.
Quels sont les obstacles ?
À mesure que l’utilisation commerciale des drones progresse en Afrique, notamment parmi les organisations humanitaires et les institutions agricoles, l’absence de réglementations unifiées garantissant la sécurité demeure une préoccupation majeure.
Les autorités de l’aviation civile de nombreux pays africains ont notamment des difficultés à intégrer les UAV dans les systèmes de navigation et de surveillance aérienne et à éviter les conflits avec les avions habités.
La protection de la vie privée constitue également un enjeu important. Les UAV équipés de caméras, de scanners et de capteurs pourraient permettre à des individus malveillants de collecter et d’enregistrer anonymement des informations sensibles concernant des civils, des entreprises ou des organisations.
Un autre problème tient au fait que de nombreuses régions du continent sont en situation de conflit quasi permanent, et que les drones peuvent être utilisés comme armes de guerre. Dans ces zones, il peut être difficile de distinguer les drones civils des drones militaires, ce qui peut susciter la méfiance ou la peur des populations locales, même face à des drones à vocation humanitaire.
Enfin, comme les drones reposent largement sur des systèmes électroniques pour la navigation et la collecte de données, ils doivent également être protégés contre le piratage. De nombreux UAV peuvent être facilement piratés et détournés à des fins criminelles.
Seules certaines régions d’Afrique — telles que l’Afrique du Sud, le Rwanda, le Kenya, le Ghana et la Tanzanie — ont mis en place ou mis à jour des cadres réglementaires complets concernant l’utilisation des UAV à des fins récréatives, privées et commerciales. En Afrique du Sud, par exemple, certaines règles incluent l’interdiction de voler à moins de 10 kilomètres d’un aéroport sans autorisation, la limitation du poids des UAV à 7 kilogrammes, l’interdiction de voler à moins de 50 mètres des personnes ou des propriétés privées, l’obligation de maintenir un contact visuel permanent, l’interdiction des vols de nuit et l’interdiction stricte de voler au-dessus des parcs nationaux.
D’autres mesures réglementaires notables incluent l’obligation d’obtenir une autorisation spéciale pour voler au-dessus de zones peuplées ou de foules, ainsi que la souscription d’une assurance responsabilité civile.
En dehors de ces régions, de nombreux pays africains peinent encore à mettre en place les réglementations nécessaires. Dans ces zones, les drones volent souvent illégalement, opérés par des pilotes non enregistrés, non formés et non assurés, sans systèmes adéquats de surveillance ou d’interception.
Ce que l’avenir réserve aux drones en Afrique
À mesure que certaines régions d’Afrique mettent en place les cadres réglementaires et les systèmes nécessaires pour soutenir les activités liées aux drones, tant publiques que privées, la technologie des UAV devrait progresser à un rythme remarquable.
Initialement conçue pour pallier le manque d’infrastructures et livrer des fournitures dans des zones isolées, la demande pour des solutions de livraison de fret légères et économes en carburant continuera de stimuler l’innovation.
L’imagerie intelligente par drone devrait également se développer fortement. La demande est élevée pour des drones capables de collecter et d’analyser rapidement des données sur les actifs physiques, les zones géographiques, ainsi que les conditions du sol, de l’eau et de l’air. Ces services sont particulièrement précieux en Afrique pour la planification, la surveillance et la recherche scientifique, mais aussi pour l’aide humanitaire, les opérations de secours et l’urbanisme.
Enfin, à mesure que les drones opèrent à proximité de zones urbaines denses, de régions rurales calmes et de réserves naturelles, le développement de technologies de drones silencieux deviendra une priorité, afin de limiter les nuisances pour les populations et la faune.
En résumé, malgré les défis persistants, l’Afrique représente un terrain extrêmement fertile pour le développement des UAV. La technologie des drones peut non seulement favoriser la prospérité et le progrès du continent, mais également servir de modèle d’innovation pour le reste du monde.



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