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Livre blanc | Une réflexion sur la souveraineté dans l’Arctique à l’ère de l’intelligence artificielle et de l’autonomie des drones

Photo du rédacteur: Shearwater Aerospace
Shearwater Aerospace
16 sept.
6 min de lecture

La souveraineté du Canada dans l’Arctique est en pleine mutation sous l’effet de l’intelligence artificielle, de l’autonomie et de la technologie des drones. Alors que le trafic s’intensifie, que les changements climatiques facilitent l’accès à la région et que la surveillance traditionnelle se heurte à des limites importantes, les drones équipés d’intelligence artificielle s’imposent comme un moyen pratique d’assurer une connaissance permanente du terrain, de surveiller les zones reculées et de renforcer la posture de sécurité du Canada dans le Nord.

NOUVEAU LIVRE BLANC

Les tensions s'intensifient dans le Nord


Les 4 800 kilomètres qui séparent le Canada ne constituent plus un simple obstacle géographique. Les défis auxquels nous sommes confrontés dans l’Arctique trouvent leur origine dans la géographie, les opérations, l’économie et les politiques.


L’immensité de la région, ses conditions difficiles et ses infrastructures limitées rendent la surveillance continue particulièrement ardue. Parallèlement, la montée des tensions mondiales, l’intensification du trafic maritime et l’activité croissante dans tout le Nord exercent une pression encore plus forte sur notre capacité à assurer une connaissance continue du domaine.


Le trafic dans nos eaux arctiques, par exemple, a triplé entre 1990 et 2019. Le trafic entrant dans l’ensemble de la région arctique a augmenté de 37 % entre 2013 et 2023, et le nombre annuel de voyages de navires a atteint 466 en 2024, en grande partie en raison de l’amincissement de la glace et de l’élargissement des voies de navigation.


Ces changements accentuent les risques tels que les intrusions non autorisées, la pêche illégale et la contrebande dans une région où les conséquences d’une détection tardive peuvent être graves.


Alors que la concurrence mondiale s’intensifie et que les changements climatiques ouvrent de nouvelles voies vers le Nord, la souveraineté dans l’Arctique exige désormais une présence constante — et la surveillance continue nécessite une approche technologique plus moderne.


Pour combler cette lacune dans l’Arctique, les tactiques conventionnelles telles que les patrouilles avec équipage et les satellites s’avèrent souvent trop coûteuses. Aujourd’hui, la technologie des drones, l’intelligence artificielle et l’autonomie font leur apparition et convergent.






« Face à l’évolution de la concurrence stratégique et aux menaces potentielles qui pèsent sur l’Amérique du Nord dans tous les domaines et provenant de toutes les directions, les investissements dans la connaissance du domaine et le renforcement des capacités de commandement et de contrôle résilientes, associés à des activités de recherche et développement de pointe permettront au NORAD d’être parfaitement en mesure de détecter et de comprendre plus rapidement les menaces potentielles... »

— Le général Glen D. VanHerck, de l’Aviation militaire américaine, commandant du NORAD



PRINCIPAUX DÉFIS

Pourquoi il devient de plus en plus difficile de préserver la souveraineté dans l’Arctique


Le défi que pose la surveillance du Nord canadien découle d’une convergence de contraintes opérationnelles, technologiques, économiques et politiques.


Par exemple, on sait que les conditions météorologiques extrêmes réduisent les temps de vol et endommagent l’équipement, tandis que la couverture satellitaire s’affaiblit aux latitudes élevées et que les communications peuvent être perturbées par un accès limité au haut débit et par des perturbations du GNSS.


À ces contraintes opérationnelles s’ajoutent des complexités d’ordre politique et financier.

La gouvernance de l’Arctique exige une coordination considérable — allant des politiques et du développement aux partenariats avec l’industrie et les communautés autochtones.


Parallèlement, les cadres réglementaires relatifs aux vols hors de vue (BVLOS) spécifiques à l’Arctique restent très limités.



Géographie : La couverture de surveillance radar de l’Arctique canadien s’étend sur 4 millions de kilomètres carrés, dans une région mesurant 4 800 km sur 320 km

Météo : L’accumulation de glace peut réduire la poussée des hélices d’un drone de 40 % en moyenne et diminuer son rendement de propulsion jusqu’à 70 % dans des conditions de givrage extrêmes

Communications : La rareté des réseaux d’entretien, de transport et de communications ralentit les temps de réponse et augmente les coûts d’exploitation

Politiques : La fragmentation des compétences et les longs cycles d’approvisionnement retardent le déploiement de capacités dont on a un besoin urgent




APPROCHES EN MATIÈRE D’AUTONOMIE DE L’IA

De la surveillance conventionnelle aux opérations dans l'Arctique assistées par l'IA


En offrant une couverture plus étendue et durable ainsi qu’un meilleur rapport coût-efficacité que les méthodes conventionnelles, les technologies des drones et de l’IA peuvent jouer un rôle déterminant pour aider à combler le fossé arctique.


Par exemple, la navigation et la prise de décision autonomes (soutenues par des intégrations d’IA) permettent désormais d’optimiser les itinéraires en temps réel en fonction des conditions météorologiques du moment. L’innovation sans précédent de la technologie des drones, combinée à l’ingénierie adaptée aux climats froids, fait désormais des drones une solution très pratique pour relever les défis liés à la souveraineté dans l’Arctique.


  • Optimisation des itinéraires : Plutôt que de simplement suivre des trajectoires rigides et préprogrammées, le système redirige automatiquement les drones pour éviter les obstacles tels que la glace de mer en mouvement.

  • Exploitation des conditions météorologiques : Les modèles de contrôle de vol embarqués et logiciels identifient rapidement les régimes de vent et ajustent les surfaces aérodynamiques pour capter les micro-courants, améliorant ou stabilisant ainsi les vols.

  • Amélioration du matériel : De nouveaux algorithmes d’apprentissage automatique effectuent rapidement des diagnostics prédictifs sur les cellules.

  • Économie d’énergie : Des systèmes intelligents de gestion de l’énergie surveillent et ajustent la distribution de l’énergie afin de maximiser l’autonomie des batteries limitées par des températures glaciales.

  • Sécurité accrue : L’informatique en périphérie (edge computing) localisée permet de capturer des données de renseignement sensibles directement sur le drone. Cela élimine le risque de sécurité lié aux transmissions à longue portée.






STRATÉGIE EN MATIÈRE DE SYSTÈMES

Mise en place d’un écosystème complet de surveillance de l’Arctique


Un thème clé qui se dégage est qu’aucune technologie ne pourra à elle seule relever le défi de l’Arctique. Les drones, les satellites, les radars, les systèmes au sol, l’informatique de périphérie et les infrastructures de communication devront fonctionner comme un écosystème unique.


Une architecture intégrée fusionne les données de différentes plateformes. Alors que les drones assurent une couverture localisée, les satellites offrent une perspective à grande échelle, les radars permettent une détection plus approfondie et les systèmes maritimes surveillent les zones côtières. Cette approche unifiée offre aux commandants une connaissance de la situation en temps réel et des capacités prédictives qui seraient normalement impossibles à obtenir.


L’investissement dans les infrastructures demeure le fondement de cette approche. En développant les réseaux de communication dans le Nord grâce aux satellites et aux réseaux maillés, nous pouvons mieux relever nos défis en matière de communication et de transport.






« Les systèmes de surveillance à grande échelle sont particulièrement efficaces lorsqu’ils fonctionnent de concert. Les drones maritimes lancés à partir de navires, par exemple, étendent la portée de la surveillance plus loin dans les zones côtières et au large. Cela permet d’assurer une couverture à plusieurs niveaux qui complète les systèmes terrestres et spatiaux. Ces plateformes peuvent embarquer des charges utiles de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR), notamment des caméras infrarouges et des radars à synthèse d’ouverture (SAR). Cette coordination permet une surveillance multispectrale qui fournit des données de meilleure qualité dans des conditions de faible visibilité. »


L'AVENIR

Une présence constante plutôt que des patrouilles périodiques


Alors que la souveraineté du Canada est confrontée à des pressions liées à la géopolitique, à un environnement arctique en pleine évolution et à des lacunes en matière d’infrastructures, notre infrastructure technologique constitue un immense avantage.


À mesure que les capacités autonomes se développent, le Canada sera en mesure de renforcer sa position dans l’Arctique en combinant une innovation continue avec la modernisation des politiques, l’expertise des Autochtones et une intégration dédiée des systèmes.


Combinées à la surveillance par satellite, les technologies de drones et d’intelligence artificielle offrent une solution plus évolutive et plus rentable. À mesure que ces systèmes progresseront et s’intégreront, ils deviendront essentiels pour combler les lacunes laissées par les approches traditionnelles.


En investissant dès aujourd’hui dans les infrastructures et les systèmes appropriés, le Canada sera bien mieux placé pour défendre sa souveraineté, appuyer ses alliés et soutenir les collectivités du Nord.





FAQ

R : Parce que l’Arctique réunit en un seul défi opérationnel une géographie immense, des conditions météorologiques extrêmes, des moyens de communication limités, des infrastructures restreintes et une activité géopolitique croissante.

R : Les drones permettent d’étendre la portée de la surveillance, d’assurer une surveillance continue et d’intervenir dans des conditions où les moyens pilotés et les satellites sont moins efficaces.

R : L'IA contribue à l'optimisation des itinéraires, à la détection des anomalies, à la coordination de la flotte, à l'analyse prédictive et à la réduction de la charge de travail des pilotes dans des environnements à faible connectivité et à haut risque.


R : Il faut des drones intégrés, des satellites, des radars, l’informatique de périphérie, des communications résilientes et un appui politique pour les opérations BVLOS spécifiques à l’Arctique.

  

 

 

  

 

 
 
 

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